FLUVISTOCK


 Et si nous créions une « banque de l’eau » ?


Table des matières interactives


1- Pourquoi capter l’eau à l’embouchure ?

2- Ne plus parler d’« eau excédentaire »,

3-La première étape : 30 ans de données hydrologiques

4- Où stocker l’eau ?

5- L’énergie nécessaire au transfert

6- Une partie de l’énergie peut être récupérée

7- Utiliser l’électricité lorsqu’elle est abondante

8- FLUVISTOCK ne part pas d’une page blanche

9- FLUVISTOCK doit être comparé aux autres solutions

-10 Le véritable coût de l’eau FLUVISTOCK

-11 Un coût exprimé sous forme de scénarios

12- La qualité de l’eau est un enjeu majeur

13- Le changement climatique doit être intégré

14- Les contraintes environnementales

15- Une gouvernance de l’eau indispensable

16- FLUVISTOCK et la question des « bassines »

17- Un pilotage numérique en temps réel

18-Le démonstrateur FLUVISTOCK

19- Vers des corridors hydrauliques stratégiques ?

20- FLUVISTOCK : une hypothèse à démontrer

21- Etude d’un bassin pilote sur le la Garonne


 Stocker aujourd’hui une partie de l’eau réellement disponible pour pouvoir la restituer demain


Le changement climatique accentue un paradoxe : un même territoire peut connaître des périodes de forts débits, puis subir quelques mois plus tard une sécheresse sévère et des restrictions d’usage.


FLUVISTOCK part d’une idée simple :

lorsque les conditions hydrologiques le permettent, prélever à l’embouchure d’un fleuve une fraction de l’eau douce réellement disponible, avant son mélange avec l’eau salée, la transférer vers des capacités de stockage appropriées, puis la restituer lorsque la ressource devient insuffisante.


CAPTER → TRANSFÉRER → STOCKER → RESTITUER


FLUVISTOCK n’est toutefois pas fondé sur l’idée que toute l’eau douce arrivant à la mer serait « perdue ».


Cette eau joue un rôle essentiel dans le fonctionnement du fleuve et de son estuaire : transport des sédiments, fonctionnement des écosystèmes, migrations biologiques, équilibre des zones humides et limitation des remontées salines.


Le principe de FLUVISTOCK est donc beaucoup plus restrictif :

ne prélever que l’eau dont les études hydrologiques et environnementales démontrent qu’elle peut temporairement être prélevée sans compromettre le fonctionnement du fleuve, de son estuaire et des milieux associés.



1. Pourquoi capter l’eau à l’embouchure ?













C’est l’une des caractéristiques fondamentales de FLUVISTOCK.


La station de pompage est implantée dans la partie aval du fleuve, aussi près que possible de son embouchure mais suffisamment en amont pour rester en eau douce et éviter l’influence saline.


Ce choix permet d’intervenir après que le fleuve a recueilli les apports provenant de l’ensemble de son bassin versant.


FLUVISTOCK ne cherche donc pas à multiplier les prélèvements en amont.


Il propose au contraire un point de captage situé à l’exutoire du bassin, où l’on peut mesurer le débit réellement disponible avant l’arrivée dans l’estuaire et la mer.


Cette implantation présente cependant une contrepartie majeure :

l’eau captée au point bas doit ensuite être transportée, et éventuellement remontée vers les lieux de stockage.


La distance et surtout le dénivelé deviennent donc des paramètres déterminants de la faisabilité économique du projet.



2. Ne plus parler d'« eau excédentaire »,

mais d'« eau temporairement prélevable »


Déterminer qu’une eau est véritablement disponible ne peut pas reposer sur un pourcentage arbitraire du débit du fleuve.


FLUVISTOCK abandonne donc l’idée d’un prélèvement automatique de 1 %, 3 % ou 5 % du débit.


Le volume prélevable devrait être déterminé en temps réel et bassin par bassin à partir de critères objectifs :


- débit observé du fleuve ;

- débits historiques et percentiles ;

- saison ;

- état des nappes ;

- humidité des sols ;

- besoins écologiques du cours d’eau ;

- besoins de l’estuaire ;

- risque de remontée saline ;

- périodes de migration piscicole ;

- transport sédimentaire ;

- prévisions météorologiques et hydrologiques ;

- niveau des réserves déjà disponibles.


Le principe devient donc :

 DÉBIT OBSERVÉ  

 DÉBIT À PRÉSERVER  

 VOLUME TEMPORAIREMENT PRÉLEVABLE  

 POMPAGE AUTORISÉ OU ARRÊT


Certaines années, les conditions pourraient permettre des prélèvements importants.


D’autres années, notamment après un hiver sec, le volume prélevable pourrait être très faible, voire nul.


Cette variabilité doit être intégrée dès l’origine dans l’économie de FLUVISTOCK.



3. La première étape :

30 à 50 ans de données hydrologiques


Avant de construire une installation, FLUVISTOCK propose de sélectionner un bassin pilote et de réaliser une simulation rétrospective sur plusieurs décennies.


La question centrale est simple :

Si FLUVISTOCK avait existé depuis 30 ou 50 ans, combien d’eau aurait-il réellement pu stocker chaque année ?


L’étude devrait reconstituer, année après année :

- les jours pendant lesquels un prélèvement aurait été autorisé ;

- le débit prélevable ;

- le volume total capté ;

- les années sans prélèvement possible ;

- le volume transféré ;

- les pertes pendant le transport ;

- les pertes de stockage ;

- le volume finalement disponible en période de sécheresse.


Cette analyse permettrait de passer d’un concept théorique à une évaluation quantitative.


Les données hydrologiques françaises et les projections climatiques d’Explore2 et de DRIAS-Eau permettent désormais d’étudier ce type de scénario à l’échelle des bassins.

Explore2 fournit notamment des séries et indicateurs hydrologiques destinés à l’adaptation des territoires au changement climatique.



4. Où stocker l’eau ?


FLUVISTOCK n’impose pas une technologie unique de stockage.


Plusieurs solutions peuvent être combinées selon les caractéristiques du territoire :


Retenues et barrages existants

Des capacités inutilisées ou disponibles à certaines périodes peuvent éventuellement être mobilisées sans nécessairement construire de nouveaux grands barrages.


Réservoirs latéraux

Des retenues aménagées hors du lit principal du fleuve peuvent permettre un stockage saisonnier.


Anciennes carrières

Certaines carrières pourraient constituer des capacités de stockage importantes sous réserve de vérifier leur géologie, leur étanchéité, leur qualité d’eau et leur impact environnemental.


Recharge maîtrisée des nappes

Lorsque la géologie le permet, l’eau peut être infiltrée dans un aquifère afin d’être stockée dans le sous-sol.


Cette technique existe déjà et est étudiée en France par le BRGM. Celui-ci souligne que la recharge maîtrisée peut stocker provisoirement des eaux de surface pour un usage différé, mais qu’elle exige une connaissance hydrogéologique précise et une analyse des coûts et bénéfices.


En 2026, une expérimentation de recharge maîtrisée de la nappe alluviale de la Garonne a notamment été menée à Cazères-sur-Garonne.



5. L'énergie nécessaire au transfert


Le pompage depuis l’embouchure constitue l’un des paramètres essentiels de FLUVISTOCK.


À titre d’ordre de grandeur, avec un rendement global voisin de 80 %, l’énergie nécessaire uniquement pour élever un mètre cube d’eau est approximativement :













À cette énergie d’élévation s’ajoutent les pertes de charge dans les conduites.


La conclusion est importante :


 FLUVISTOCK ne sera pertinent que là où le couple distance/dénivelé/volume est favorable.


L’objectif n’est donc pas de pomper systématiquement l’eau d’une embouchure vers des montagnes situées à plusieurs centaines de kilomètres.


Il faut rechercher prioritairement, autour du corridor du fleuve, des capacités de stockage suffisamment importantes et présentant un dénivelé raisonnable.



6. Une partie de l'énergie peut être récupérée


Lorsqu’un stockage est situé en altitude, une partie de l’énergie utilisée pour y transférer l’eau peut potentiellement être récupérée lors de sa restitution.


Le dispositif peut alors devenir :

CAPTAGE    

 POMPAGE  

STOCKAGE  

RESTITUTION  

TURBINAGE


Ce principe est déjà utilisé dans certains ouvrages hydrauliques.


À Naussac, par exemple, l’installation peut pomper de l’eau pour contribuer au remplissage de la retenue et produire de l’électricité lors de certaines restitutions.


FLUVISTOCK pourrait donc intégrer, lorsque la topographie s’y prête, une fonction énergétique secondaire.


Elle ne supprimerait pas les pertes énergétiques du cycle, mais améliorerait le bilan global du système.



7. Utiliser l'électricité lorsqu'elle est abondante


Une grande station de pompage constitue une charge électrique flexible.


Elle pourrait privilégier son fonctionnement durant les périodes où l’électricité est abondante ou peu coûteuse, sous réserve naturellement que le fleuve soit simultanément en situation de prélèvement autorisé.


Il faut cependant distinguer les bassins.


Les périodes de forts débits d’un fleuve ne correspondent pas nécessairement aux périodes de forte production photovoltaïque.


Selon les régimes hydrologiques, les complémentarités pourront être davantage recherchées avec :

- l’éolien ;

- l’hydraulique ;

- le nucléaire disponible en heures creuses ;

- les excédents renouvelables ponctuels ;

- ou les prix négatifs du marché de l’électricité.


Cette flexibilité pourrait constituer un service secondaire intéressant, mais la disponibilité de l’eau reste prioritaire sur la disponibilité de l’électricité.



8. FLUVISTOCK ne part pas d'une page blanche


Le stockage saisonnier de l’eau existe déjà.


En France, les quatre grands lacs-réservoirs gérés par Seine Grands Lacs représentent environ 850 millions de m³ de capacité et remplissent notamment des fonctions d’écrêtement des crues et de soutien d’étiage.


Sur la Loire et l’Allier, Naussac et Villerest stockent également de l’eau et la restituent pendant les périodes de faibles débits. Naussac peut contenir environ 185 millions de m³ et Villerest dispose en gestion courante d’un volume pouvant atteindre environ 132 millions de m³ pour le soutien d’étiage.


La recharge maîtrisée des aquifères est également pratiquée depuis plusieurs décennies dans différents pays et fait déjà l’objet d’expérimentations françaises.


FLUVISTOCK ne prétend donc pas avoir inventé le stockage saisonnier de l'eau.


Sa spécificité serait plutôt de combiner :

un captage piloté à l’embouchure + un réseau de transfert + plusieurs formes de stockage + un pilotage hydrologique, énergétique et climatique.


L’innovation éventuelle réside donc dans l’architecture d’ensemble et son pilotage, davantage que dans chacune de ses composantes prises séparément.



9. FLUVISTOCK doit être comparé aux autres solutions


Stocker davantage d’eau ne peut constituer qu’une partie de la réponse.


Avant de construire une infrastructure importante, chaque territoire doit comparer FLUVISTOCK avec les autres possibilités disponibles :


La lutte contre les fuites reste notamment un levier majeur : le rendement moyen des réseaux français d’eau potable était de 79,2 % en 2024, ce qui signifie qu’en moyenne environ un litre sur cinq introduit dans le réseau n’arrive pas jusqu’au consommateur.


FLUVISTOCK ne doit donc pas remplacer ces politiques.


Il doit intervenir lorsqu'il apporte, sur un territoire donné, un complément économiquement et écologiquement pertinent.



10. Le véritable coût de l'eau FLUVISTOCK


Le coût ne doit pas être évalué uniquement à partir de l’électricité consommée par les pompes.


Dans de nombreux projets, l’énergie de pompage peut ne représenter qu’une fraction du coût total.


Il faut intégrer :

- station de pompage ;

- prise d’eau ;

- prétraitement ;

- canalisations ;

- tunnels éventuels ;

- réservoirs ;

- aménagement des carrières ;

- installations de recharge de nappes ;

- traitement de l’eau ;

- foncier ;

- maintenance ;

- surveillance ;

- coût financier des investissements ;

- énergie ;

- pertes ;

- renouvellement des équipements.


Surtout, une installation destinée essentiellement aux périodes de hauts débits risque de fonctionner seulement quelques semaines ou quelques mois par an.


Ce faible taux d’utilisation peut peser fortement sur le coût du mètre cube stocké.


Par exemple :

5 m³/s pendant 90 jours représentent environ 39 millions de m³, et non 158 millions de m³.


L’évaluation économique de FLUVISTOCK devra donc être fondée sur le volume réellement transféré sur plusieurs décennies, et non sur la puissance nominale de l’installation.



11. Un coût exprimé sous forme de scénarios


À ce stade, il serait prématuré d’annoncer un coût générique de 0,20 €, 0,40 € ou 0,60 €/m³.


Le coût réel dépendra principalement de quatre paramètres :

 DISTANCE  

 DÉNIVELÉ  

 INVESTISSEMENT INITIAL  

 NOMBRE D'HEURES DE FONCTIONNEMENT PAR AN


Une future étude FLUVISTOCK devrait donc établir plusieurs scénarios :

- stockage très proche de l’embouchure ;

- transfert à 50 ou 100 mètres de dénivelé ;

- transfert à 300 mètres ;

- longues distances ;

- recharge de nappe ;

- stockage en carrière ;

- stockage en retenue existante.


Chaque scénario devrait fournir un coût complet actualisé en €/m³ restitué.



12. La qualité de l'eau est un enjeu majeur


Les eaux de hautes eaux et de crue ne sont pas nécessairement des eaux de bonne qualité.


Elles peuvent contenir :

- matières en suspension ;

- sédiments ;

- nitrates ;

- phosphates ;

- pesticides ;

- bactéries et autres micro-organismes ;

- pollutions accidentelles.


Le captage devra donc être équipé de mesures de qualité permettant d’interrompre automatiquement le prélèvement lorsqu’un épisode est incompatible avec le stockage envisagé.


Selon la destination de l’eau, un prétraitement pourra être nécessaire.


Le type de stockage influence également la qualité :


les retenues ouvertes peuvent subir de l’évaporation, de la sédimentation et des proliférations biologiques ;


les aquifères présentent des contraintes de perméabilité, de colmatage, de qualité géochimique et de rendement de récupération.


Le stockage souterrain présente néanmoins l’intérêt de limiter fortement l’évaporation.



13. Le changement climatique doit être intégré dès la conception


FLUVISTOCK n’a de sens que s’il reste pertinent dans les conditions climatiques futures.


Les simulations doivent donc être effectuées non seulement sur les débits historiques, mais également sur plusieurs scénarios climatiques.


Le programme Explore2 fournit aujourd’hui des projections hydroclimatiques et des indicateurs permettant d'étudier l'évolution future des débits et de la recharge des nappes à l'échelle des territoires français.


L’objectif est notamment de déterminer :

- si les périodes de prélèvement resteront suffisamment   fréquentes ;

- comment évolueront les étiages ;

- comment évolueront les nappes ;

- si les besoins futurs augmenteront ;

- et si l’investissement reste pertinent à 2050 ou 2100.



14. Les contraintes environnementales ne sont pas secondaires


Un projet FLUVISTOCK devrait être conçu en partant des contraintes du milieu naturel et non en les examinant après la définition de l’infrastructure.


Il devra notamment préserver :

- les débits nécessaires au fonctionnement écologique du fleuve ;

- les estuaires ;

- les zones humides ;

- les habitats protégés ;

- les migrations piscicoles ;

- le transport sédimentaire ;

- la qualité de l’eau ;

- l’équilibre eau douce/eau salée.


Le pompage pourrait être immédiatement diminué ou arrêté lorsque ces conditions ne sont plus respectées.



15. Une gouvernance de l'eau indispensable


Un dispositif capable de stocker plusieurs dizaines de millions de mètres cubes soulève également une question politique et juridique :


 À qui appartient l'eau stockée et qui décide de son utilisation ?


La gouvernance doit être définie dès le départ.


Elle pourrait réunir :

- État ;

- agences de l’eau ;

- collectivités ;

- établissements publics territoriaux de bassin ;

- agriculteurs ;

- industriels ;

- producteurs d’eau potable ;

- associations environnementales ;

- gestionnaires des milieux naturels ;

- citoyens.


Il faudrait également définir à l’avance les priorités de restitution en période de pénurie :


 EAU POTABLE → MILIEUX NATURELS → AGRICULTURE → INDUSTRIE → AUTRES USAGES


Cet ordre n'est donné ici qu'à titre illustratif : les priorités réelles doivent être déterminées par les autorités compétentes et les règles applicables au bassin.



16. FLUVISTOCK et la question des « bassines »


FLUVISTOCK pourrait être assimilé, à tort ou à raison, aux réserves de substitution qui suscitent actuellement de fortes controverses.


Il faut donc expliquer clairement la différence éventuelle.


FLUVISTOCK ne propose pas de pomper automatiquement dans les nappes en hiver.


Le principe consiste à prélever directement dans le fleuve à proximité de son embouchure uniquement lorsque l'analyse hydrologique démontre qu'un volume peut être prélevé sans compromettre les milieux naturels.


Mais cette différence ne supprime pas le débat.


Tout projet devra démontrer publiquement :

- l’origine de l’eau ;

- le volume prélevé ;

- les seuils de déclenchement ;

- les bénéficiaires ;

- les impacts environnementaux ;

- le coût pour la collectivité ;

- les règles de partage en période de pénurie.


La transparence des données devrait faire partie intégrante du système.



17. Un pilotage numérique en temps réel


Une installation FLUVISTOCK pourrait fonctionner comme un véritable système intelligent de gestion de l’eau.


Il agrégerait en permanence :


DÉBIT DU FLEUVE + MÉTÉO + NAPPES + QUALITÉ DE L'EAU + SALINITÉ + STOCKS DISPONIBLES + DEMANDE FUTURE + PRIX DE L'ÉLECTRICITÉ


L'algorithme ne déciderait pas librement de prélever.


Il fonctionnerait à l'intérieur de seuils réglementaires et environnementaux définis préalablement.


Le système pourrait également publier en temps réel :

- débit du fleuve ;

- volume prélevé ;

- volume stocké ;

- niveau des réserves ;

- consommation électrique ;

- qualité de l’eau ;

- raisons d’un déclenchement ou d’un arrêt.


 Une « banque de l’eau » doit aussi être une banque transparente.



18. Le démonstrateur FLUVISTOCK


Avant d'imaginer un réseau national, la priorité devrait être la réalisation d'une étude pilote complète sur un seul bassin versant.


Elle comporterait huit étapes :


1. Choisir une embouchure pilote.

2. Reconstituer 30 à 50 années de débits.

3. Déterminer scientifiquement les seuils de prélèvement.

4. Calculer année par année les volumes réellement prélevables.

5. Cartographier les capacités de stockage disponibles dans un rayon donné : barrages, carrières, aquifères, retenues.

6. Calculer pour chaque site la distance, le dénivelé, l'énergie et le coût des conduites.

7. Établir le bilan complet :

PRÉLEVÉ -TRANSFÉRÉ - STOCKÉ - PERDU - RESTITUÉ

8. Refaire la simulation avec les scénarios climatiques futurs.


Ce n’est qu’à l’issue de cette étude que l’on pourra déterminer si FLUVISTOCK est économiquement et écologiquement pertinent sur le bassin étudié.



19. Vers des corridors hydrauliques stratégiques ?


Si plusieurs démonstrateurs confirmaient la pertinence économique et environnementale du concept, FLUVISTOCK pourrait progressivement constituer un réseau de réserves hydrauliques territoriales.


Les grandes infrastructures électriques transportent l’électricité depuis les zones de production vers les zones de consommation.


De la même manière, certaines infrastructures hydrauliques pourraient permettre de déplacer dans le temps et parfois dans l’espace une fraction de l’eau disponible.


Non pas pour artificialiser davantage tous les fleuves.


Mais pour créer, là où cela est pertinent, une capacité stratégique de stockage de l'eau face à l'augmentation des sécheresses et des besoins.



20. FLUVISTOCK : une hypothèse à démontrer


FLUVISTOCK est aujourd’hui une note de concept, et non une étude de faisabilité.


Son intérêt ne peut pas être démontré par quelques valeurs moyennes de débit ou d’énergie.


Il doit être testé sur des territoires réels, avec des données réelles.


La question n’est donc plus :


Combien d'eau nos fleuves rejettent-ils dans la mer ?


Mais :


 « Quelle quantité d'eau peut-on réellement prélever à l'embouchure, à quels moments, à quel coût et sans porter atteinte au fleuve et à son estuaire ? »


Puis :


 « Où peut-on stocker cette eau de façon suffisamment économique pour qu'elle constitue une réserve utile lors des sécheresses futures ? »


Si les réponses sont favorables sur certains bassins, FLUVISTOCK pourrait devenir un nouvel outil parmi ceux dont la France aura besoin pour adapter sa gestion de l'eau au changement climatique.


UNE BANQUE DE L'EAU, MAIS UNE BANQUE FONDÉE SUR LES DONNÉES


- CAPTER quand l'eau est réellement disponible.

- TRANSFÉRER vers les lieux où elle peut être stockée efficacement.

- STOCKER plusieurs semaines, plusieurs mois ou davantage.

- RESTITUER lorsque la ressource devient insuffisante.

- PRÉSERVER en permanence le fonctionnement écologique du fleuve.


FLUVISTOCK


Stocker l'eau disponible aujourd'hui pour mieux traverser les sécheresses de demain.



Sources et références


OFB / Explore2 — projections hydroclimatiques et évolution future de la ressource en eau en France.

DRIAS-Eau / Météo-France — données et projections hydrologiques territorialisées.

BRGM — recharge maîtrisée des aquifères et gestion des eaux souterraines.

Eaufrance / SISPEA — performance et rendement des réseaux publics d'eau potable.

Etablissement public Loire — gestion de Naussac et Villerest, soutien d'étiage, pompage et turbinage.

Seine Grands Lacs — gestion des quatre grands lacs-réservoirs et soutien d'étiage.

Agences de l'eau / SDAGE et SAGE — gestion quantitative et objectifs environnementaux des bassins.

OFB — fonctionnement des milieux aquatiques et exigences écologiques.






Étude préliminaire

FLUVISTOCK


Cas de la Garonne

La Garonne est un cas très intéressant, parce que son régime présente précisément le décalage saisonnier que FLUVISTOCK cherche à exploiter.


À Tonneins, le débit moyen mensuel est d’environ  894 m³/s en février  , contre  136 m³/s en août  .

Le débit journalier dépasse environ  1 080 m³/s 10 % du temps  , et  1 460 m³/s 5 % du temps  .


1. Quelle quantité pourrait-on théoriquement stocker ?

Prenons volontairement trois tailles de projet :


Débit prélevé    Durée annuelle    Volume stocké

2 m³/s                60 jours                10,4 Mm³

5 m³/s                60 jours                25,9 Mm³

10 m³/s               60 jours               51,8 Mm³

10 m³/s               90 jours               77,8 Mm³

20 m³/s               90 jours             155,5 Mm³


Lorsque la Garonne transporte 1 000 m³/s,

prélever 10 m³/s représente 1 % du débit instantané  .


À 1 500 m³/s, cela ne représente plus que  0,67 %  .


Cela ne signifie surtout pas que ces volumes sont automatiquement « disponibles » écologiquement.

Cela montre seulement que  l'ordre de grandeur hydraulique n'est pas absurde  .


Le seuil réel devrait être calculé quotidiennement en fonction du débit, de la salinité, des besoins écologiques, des nappes et du fonctionnement de l'estuaire.


 

2. Le véritable problème apparaît immédiatement : où mettre 50 millions de m³ ?


C'est là que l'étude devient particulièrement intéressante.


J'ai recherché des capacités existantes dans le secteur élargi de la Garonne aval.

Les retenues existantes que l'on trouve sont généralement  beaucoup plus petites que les volumes FLUVISTOCK envisagés  .


Par exemple, le lac de Lescourroux possède environ

7,6 Mm³ utiles . I

l est déjà utilisé pour réalimenter le Dropt et a connu historiquement des difficultés de remplissage ; une étude indiquait qu'il n'atteignait son remplissage complet qu'environ une année sur deux sur la période étudiée.


Le Brayssou est de l'ordre de  3,4 Mm³.

La Prade, en Gironde, représente seulement  0,8 Mm³  , et Saint-Michel environ  0,385 Mm³  .


Cela confirme une intuition essentielle :


FLUVISTOCK Garonne ne pourra probablement pas reposer sur un seul lac artificiel existant situé près de l'aval.  


Pour atteindre 50 ou 100 Mm³, il faudra probablement associer plusieurs formes de stockage.



3. Et c'est ici qu'une piste devient beaucoup plus intéressante : les nappes


J'ai trouvé un élément qui renforce considérablement le concept.


Le BRGM mène justement depuis 2023 le projet R'Garonne, consistant à prendre de l'eau de la Garonne pendant la période de hautes eaux et à la faire infiltrer dans la nappe alluviale  , afin qu'elle soit restituée progressivement au fleuve quelques mois plus tard pendant l'étiage.


Le principe est donc extrêmement proche de FLUVISTOCK :


HAUTES EAUX

STOCKAGE SOUTERRAIN

RESTITUTION DIFFÉRÉE.  


L'installation expérimentale peut infiltrer jusqu'à  350 litres/seconde, soit environ 1 million de m³ par mois.


Les premières observations annoncées par le BRGM en juin 2026 montrent une remontée de la nappe de 2 à 4 mètres dans un rayon d'environ 800 mètres  , et au moins un mètre sur plusieurs kilomètres autour du dispositif.


Le BRGM estime qu'une infiltration continue pourrait représenter 7 à 8 Mm³ par hectare de dispositif d'infiltration sur la période considérée , avec un bénéfice net restitué à la Garonne estimé autour de  2 à 3 Mm³  .

Les résultats définitifs sont annoncés pour le printemps 2027.


C'est très important pour FLUVISTOCK.


Cela veut dire que la « banque de l'eau » ne doit peut-être pas être imaginée uniquement sous la forme de grands réservoirs visibles  .


Elle pourrait aussi être :

un réseau de nappes alluviales rechargées artificiellement pendant les hautes eaux.  


 


 4. Cela élargit notablement  le concept


Au lieu de :

- Garonne ?

- Grosse conduite ?

- Immense réservoir  


je verrais plutôt :

- Garonne ?

- Plusieurs points de captage ?

- Réservoirs existants

+ nappes

+ carrières

+ zones de recharge.  


Cela rendrait le système beaucoup plus décentralisé.


On pourrait avoir par exemple :

- 10 Mm³ dans des retenues existantes ou agrandies ;

- 20 Mm³ de stockage dans plusieurs nappes ;

- 10 Mm³ dans des carrières ou bassins adaptés ;

- 10 Mm³ dans de nouvelles capacités dédiées.


Total : 50 Mm³.  


C'est probablement beaucoup plus réaliste que chercher un unique barrage de 50 Mm³ à proximité de Bordeaux.


5. FLUVISTOCK rejoint en réalité une stratégie déjà engagée dans le bassin


Le bassin Adour-Garonne dispose déjà de plus de  640 Mm³ de réserves artificielles mobilisables directement ou indirectement pour le soutien des débits  , auxquelles s'ajoutent les grands réservoirs hydroélectriques.


L'Agence de l'eau estime également qu'à l'horizon de sa stratégie actuelle, il faudrait notamment mobiliser  30 à 50 Mm³ supplémentaires depuis des ouvrages existants   et créer ou aménager  110 à 150 Mm³ supplémentaires  , recharge de nappes comprise.


C'est exactement l'ordre de grandeur que nous sommes en train d'imaginer pour FLUVISTOCK.


Autrement dit, ce projet ne se situe pas complètement en dehors des stratégies publiques existantes.


Son originalité pourrait être ailleurs :

organiser ces différentes réserves comme une véritable banque saisonnière de l'eau alimentée automatiquement pendant les périodes favorables.  


6. Un premier scénario sur la Garonne crédible


Je ne commencerais pas par 100 Mm³.


Je définirais un FLUVISTOCK GARONNE 25   :


Objectif

Stocker jusqu'à : 25 millions de m³ par an.  


Captage

Maximum : 5 m³/s.  


Pendant environ : 60 jours cumulés par an.  


Cela donne : 25,9 Mm³.  


Mais la station ne fonctionnerait pas nécessairement 60 jours consécutifs.


Elle pourrait fonctionner :


- 4 jours en décembre ;

- 12 jours en janvier ;

- 20 jours en février ;

- 8 jours en mars ;

- etc.


uniquement lorsque toutes les conditions sont réunies.


 


7. Le seuil de déclenchement devrait être intelligent


On pourrait imaginer une règle de départ du type :


Le pompage est autorisé seulement si :


Q Garonne > seuil hydrologique  

ET  salinité < seuil  

ET qualité de l'eau compatible  

ET besoin écologique satisfait  

ET stockage disponible  

ET prix de l'électricité favorable.  

Et le débit pompé pourrait varier :










C'est selon moi beaucoup plus défendable qu'un prélèvement permanent.


8. Mais attention à l'estuaire de la Gironde


Le concept initial consistant à pomper juste avant le mélange avec l'eau salée reste séduisante.


Mais sur la Gironde, il faut être extrêmement prudent.


La salinité et la position du bouchon vaseux varient en fonction :


- du débit de la Garonne ;

- du débit de la Dordogne ;

- de la marée ;

- de la saison ;

- du niveau marin.


Le SMIDDEST suit précisément ces paramètres et considère notamment hydrologie, salinité et bouchon vaseux   comme des indicateurs majeurs du fonctionnement de l'estuaire.


Cela conduit à une proposition importante.


Ne pas définir un point fixe par principe


Mais remplacer dans la présentation : « captage à l'embouchure » par :


« captage dans la partie aval du fleuve, au point techniquement et écologiquement optimal situé en amont de l'influence saline incompatible avec le prélèvement. »  


Et pourquoi pas employer des pompes géantes mobiles















 Débit de : 0.2 à 50 m3/seconde


9. Et surtout : ne pas forcément remonter toute l'eau très loin


Voici probablement le résultat le plus important de cette étude.


Si l'on pompe près de Bordeaux pour ensuite transporter l'eau sur 100 ou 150 km vers une retenue dans le Lot-et-Garonne, l'économie risque de devenir mauvaise  .


À l'inverse, si l'on repère une nappe ou un stockage situé à seulement quelques kilomètres de la Garonne, la situation change complètement.


Je proposerais donc de rechercher non pas :

« le plus grand réservoir »


Mais : « le meilleur couple prise d'eau + stockage ».  


Pour chaque site :

Distance × dénivelé × volume × qualité de l'eau × disponibilité du stockage.  


 

10. Ordre de grandeur énergétique


Avec environ 80 % de rendement global, cela donne approximativement :













Pour  25 Mm³   et 50 m de dénivelé :

4,3 GWh/an  , hors pertes de charge importantes dans les conduites.


À 100 €/MWh, l'énergie pure représenterait environ :

430 000 €/an  , soit seulement : 1,7 centime/m³.  


Cela confirme encore une fois quelque chose que nous avions pressenti :

le coût de l'électricité n'est probablement pas le problème principal de FLUVISTOCK.  


Ce sont probablement les canalisations, stations de pompage, terrains, ouvrages et stockages   qui pèseront le plus lourd.


 

11. La bonne nouvelle :

la Garonne a réellement besoin de stockage saisonnier


Le bassin Adour-Garonne est considéré comme particulièrement vulnérable au changement climatique.


L'Agence de l'eau estime historiquement le déséquilibre estival à environ  200–250 Mm³ , avec des projections beaucoup plus élevées si les usages et les capacités de stockage restent constants.


Le BRGM évoque aujourd'hui pour le bassin un déficit futur susceptible de dépasser  2 milliards de m³ par an  , tout en indiquant des réductions importantes des débits estivaux.


Cela ne prouve pas que FLUVISTOCK est la solution, mais cela signifie que le besoin auquel il répond est réel.


 

12. Ce que je retiens après cette première étude


Je modifierais légèrement le projet initial.


Je définirais maintenant FLUVISTOCK Garonne comme

: Un système décentralisé de captage saisonnier des hautes eaux de la Garonne, destiné à alimenter un réseau de réserves superficielles et souterraines lorsque les conditions hydrologiques et environnementales l'autorisent, afin de restituer cette eau pendant les périodes d'étiage.  


Et non plus simplement comme :

une station à l'embouchure envoyant l'eau dans un grand réservoir.


Cette seconde définition est, à mon sens,  beaucoup plus réaliste techniquement  .


Le démonstrateur que je choisirais


Je viserais :

5 Mm³/an dans un premier temps  , et non 50.


Avec par exemple :

1 m³/s × environ 58 jours = 5 Mm³.  


Un ouvrage de cette taille serait déjà suffisamment important pour produire des données sérieuses, tout en étant beaucoup plus facile à financer et à autoriser.


Et surtout, le projet R'Garonne du BRGM est une excellente nouvelle pour vous : il démontre que le principe  « prendre l'eau en période de hautes eaux et la stocker jusqu'à l'été »   est déjà considéré suffisamment sérieux pour faire l'objet d'une expérimentation publique à grande échelle.


La prochaine analyse à faire est maintenant très précise : chercher le meilleur secteur géographique de la Garonne aval et identifier 5 à 10 couples concrets “prise d'eau + stockage”  , avec leur distance et leur dénivelé. C'est là qu'on pourra commencer à chiffrer un véritable coût au m³.


CONCEPTION & REALISATION

Septembre 2026


Philippe Géraudel.

Multi-entrepreneurs.

ESSEC, Boston Consulting Group.

geraudel@hotmail.com

www.geraudel.online



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FLUVISTOCK

Et si l'on mettait en réserve, pendant les hautes eaux, une part des débits que nos fleuves peuvent céder sans dommage, pour la restituer pendant les sécheresses ? FLUVISTOCK explore cette piste : capter, transférer, stocker, restituer. Cette note de concept pose les ordres de grandeur, les limites (hydrologie, coût, énergie, cadre juridique) et propose de commencer par un bassin pilote.